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dimanche 23 octobre 2011

Critique d'Aphatie

Ci-dessous le texte d'Aphatie (qu'on trouve aussi ici : torchon) et mes commentaires (en italique).

"Pendant que l’euro frôle l’apoplexie, concentrons-nous sur l'essentiel du débat public. Hier soir, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de Laurence Ferrari sur TF1."

Comme si Mélenchon était la principale plaie qui empêchait les sujets sérieux d’être abordés dans les médias… La réalité, c’est que Mélenchon est très loin d’être le centre du débat public (on parle plutôt très peu du Front de Gauche et le Front de Gauche a une place dans les médias largement en dessous de celle qu’il représente électoralement). Mélenchon semble par contre être au centre du débat qui s’agite dans l’imagination d’Aphatie.

"Longtemps, Jean-Luc Mélenchon, candidat du parti de gauche à l’élection présidentielle, s’est présenté comme la terreur des journalistes."

Primo, cette phrase contient une erreur factuelle, Mélenchon est candidat du Front de Gauche et non du Parti de Gauche. Quand on se proclame spécialiste de la politique comme Aphatie, et qu’on monnaie chèrement ses chroniques sur de multiples médias (RTL, Canal +, etc.) on devrait au moins savoir faire la différence entre le Parti et le Front de Gauche.

Deuxio, ce n’est pas Mélenchon qui se présente comme « la terreur des journalistes », ce sont Aphatie et consorts qui ont colporté le mythe d’un Mélenchon ennemi des journalistes qui s’énerverait pour un rien et qui ferait frémir la corporation. Mélenchon critique le système médiatique, avec des arguments.

"Pas de tous les journalistes, oh non. Dans une théorisation dont le net a gardé la trace et que j’ai personnellement la flemme de chercher, Jean-Luc Mélenchon a expliqué qu’il distinguait nettement les soutiers de l’information, victimes d’un système d’exploitation, des commandeurs, décideurs et éditocrates qui pervertissent l’esprit public à la seule fin de préserver leurs intérêts."

Moi, j’ai pas la flemme, si vous voulez avoir autre chose que la vision réductrice d’Aphatie qui veut pas faire son boulot de journaliste, regardez cette émission : la mécanique mélenchon

"Parmi les cibles illustrant ses propos, Laurence Ferrari, journaliste de TF1, tint longtemps une place de choix. Elle se vit traiter de « perruche », nulle misogynie dans l’expression bien sûr, juste le fruit d’une analyse « Front de gauche » du couple journaliste et citoyen. Elle eut aussi l’insigne honneur d’être désignée comme un gros salaire, un million d’euros par an assura Jean-Luc Mélenchon dans une vindicte demeurée célèbre, et qui figure elle aussi sur la Toile, et le même promit, s’il parvenait un jour à l’Elysée, de lui en piquer un bon paquet au titre de la nécessaire égalité dans la République française."

Concentré de mauvaise foi ici, difficile de tout commenter.

Laurence Ferrari n’a pas du tout eu une place de choix dans la critique de Mélenchon (encore l’imagination d’Aphatie).

Il a en effet commenté son salaire dont le montant avait été estimé par Renaud Revel de l’express : salaire de ferrari

mais guère plus. Ce qui a aussi été repris sur la propre radio où officie Aphatie : pujadas sur rtl.

Le « perruche » s’adressait en effet à Ferrari ainsi qu’à Arlette Chabot et Anne-Sophie Lapix qui, sur le plateau où officie Aphatie à Canal +, avaient participé à un grand exercice de dénigrement de Mélenchon (Denisot organise le procès de Montebourg et Mélenchon).

"Hier soir, le candidat était face à la « perruche » au gros salaire. Regardez la vidéo que vous trouverez ici, TF1 news, replay de « Parole directe » diffusée après le journal de 20 heures."

Regardez la vidéo en effet (ici par exemple : invité de parole directe), car Aphatie ne vous rapportera (et de manière déformée) qu’un passage tout à fait mineur (viens te plaindre qu’on parle pas de l’euro, après ça !)

"Vous entendrez ceci à partir de 2’33 :

- Vous avez dit beaucoup de bêtise sur mon salaire, M. Mélenchon, susurre Mlle Ferrari"

Ici, il manque une réponse de Mélenchon qui expliquait que les bêtises, c’étaient d’autres qui les avaient dites (Revel, Poincaré de RTL, Le Matin, journal suisse etc.)

"- Je les retire si vous voulez, répond M. Mélenchon.

- Merci beaucoup, ressusure la journaliste

- Si cela doit faciliter notre dialogue, précise l’homme politique

- J’apprécie beaucoup, termine la journaliste

Que faut-il retenir de cet échange ?"

Certainement pas ce que va en tirer Aphatie, vous avez vu sa mauvaise foi sur le début du billet, imaginez la suite…

"Bien sûr l’analyse matérialiste du Front de gauche sur la nocivité des journalistes demeure puisqu’elle est le produit dialectique d’un raisonnement raisonné. Mais voilà, on peut être un vrai révolutionnaire, on n’en est pas moins un homme."

Ben oui, on peut être poli avec les gens et critiquer le système auquel ils participent. Désolé Aphatie si t’as pas compris ça.

"Quand on a devant soi le titulaire d’un gros salaire, il n’est pas si facile de lui dire qu’on va le lui piquer. Et puis, c’est si bon, si doux, si agréable, de passer sur TF1 pour porter le message de la révolution."

Ce n’est pas du tout pour ça qu’il retire le montant du salaire qu’il avait tiré du papier de Revel et le mot de « perruche ». Mélenchon au contraire a dit (juste avant le passage rapporté par Aphatie, d’ailleurs) qu’elle risquait de perdre gros avec le programme du Front de Gauche.

"Si Paris vaut bien une messe, la conquête du peuple de France ne vaut-il pas une contrition publique, devant le sourire charmeur de Laurence Ferrari en plus ?"

Je passe sur ces pauvres sarcasmes à 2 balles ?

"A part quelques pisse vinaigre dont on pourrait à l’avance écrire la prose tant ils sont prévisibles, qui donc s’offusquera de ce demi-tour droit dans ses bottes du "terrible" M. Mélenchon ? Personne. J’ai dit des conneries sur le salaire de Mamzelle Ferrari ? Je les retire. Illico presto. Mais je maintiens le reste. Au nom de la lutte des classes. Et de la Révolution."

Et bien oui, on peut avoir un exemple un peu foireux tout en gardant le fond de la critique qui s’appuie sur bien d’autres choses. Il n’y a pas de demi tour ici, ni sur la critique médiatique, ni sur le salaire maximum. Il y en a peut-être dans les rêves d’Aphatie. Et puis retire ces guillemets à "terrible" Aphatie ! C'est toi qui vient de lui attribuer cette épithète.

"Si vous avez le temps, peut-être ne l’aurez-vous pas, je comprends, allez donc à 18’58 sur cet entretien d’anthologie. Laurence « perruche » Ferrari pose une question d’apparence anodine :"

On voit que depuis le début Aphatie fait tout pour que personne n'aille voir ce qui s'est effectivement dit à l'antenne. Flipperait-il à l'idée que les gens puissent vraiment comparer avec ce qu'il dit ?

- Regrettez-vous certains de vos excès verbaux ou de vos coups de gueule ?

Téléspectateur ordinaire de l’échange, on croit connaître d’avance la réponse. Un tribun du peuple, « je suis le bruit et la fureur » avait dit un jour de lui-même Jean-Luc Mélenchon, ne regrette rien de ce qu’il dit, jamais, car il le pense, son esprit sans cesse préoccupé par le bien du peuple, et donc inspiré par l’ardent souci d’en exprimer les attentes dans des diatribes susceptibles de faire avancer sa cause en faisant trembler les puissants."

TL;DR

"Or, surprise, hier soir, Jean-Luc Mélenchon, a abaissé la grand-voile, ramené le foc et replié le spi (suis pas voileux). Voici, au mot près, la déclaration du candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle :"

Au mot près dans l’imagination d’Aphatie une fois de plus ! Il y a un préambule qu’Aphatie omet dans sa grande honnêteté journalistique et qui change le sens du petit tronçon de dialogue rapporté (sans parler du ton de voix).

"- Il m’est arrivé dans la taquinerie, des fois peut-être, d’aller un peu au-delà de ce qui aurait été nécessaire. Par exemple avec vous.

Laurence « perruche » Ferrari a doucement cligné des yeux. Clap de fin. Vive la Révolution, camarades!"

Eh oui, camarade Aphatie, c’est pas parce qu’on est révolutionnaire qu’on n’a pas de sentiments humains. Et l’invective « perruche » n’est pas le fond de notre critique contrairement à ce que tu sembles penser. On peut la retirer sans dénaturer le reste.

Je vous laisse juger après cela de ce qu’il faut apporter de crédit au reste des chroniques du misérable Aphatie.

J'ajoute ce commentaire d'un ami fb :


"Peut-on attendre de monsieur Apathique ou Emphatique, je ne sais plus, que sa conception du métier de journaliste consistât en autre chose que du journalisme pour et par les journalistes ? J'en doute, c'est un homme de son temps, et les banquiers font de l'argent par et pour l'argent et rien d'autre, pourquoi pas lui...? Le monde derrière compte bien peu, pour lui comme pour sa caste de clercs médiatiques, garants du sacro-saint et immuable Ordre providentiel pourvoyant chaque jour à l'augment indéfini de sa garde-robe de cravates satins, l'important c'est de bien faire comprendre que selon l'étiquette des Salons, si vous manquez ne serait-ce qu'une seule fois d'égard à l'étiquette, on ne vous accordera plus jamais le pardon de croire vos civilités sincères. Il n'y a que l'opprobre et le dénigrement pour ceux qui, fraternellement rien de plus, par une gifle bien administrée croient pouvoir tirer de leur confortable léthargie les tartuffes mystifiés eux même par le rite qu'ils pratiquent sous l'aile des puissants."

Si ça vous plaît pas, qu'on comprend rien, que c'est qu'un ramassis de banalités, dites le ! Commentez ! J'adore le débat qui fait progresser les idées.

vendredi 30 septembre 2011

Dernière note du blog de Jean Luc Mélenchon

(que je n'arrive pas à partager sur facebook à partir de son site)

Cette note est faite au sortir de l’hémicycle du parlement européen, juste après le discours sur « l’état de l’union » prononcé par monsieur Barroso. Mazette ! C’est le jour où a été proposée la taxe Tobin en Europe par la figure de proue de ceux qui l’ont toujours combattue. J’évoque quelques souvenirs personnels sur le sujet. Auparavant un petit mot rapide sur le deuxième débat de la primaire socialiste. Ensuite je dis un mot de la crise boule de neige dans laquelle entre la droite à partir de sa défaite aux élections sénatoriales et au moment où le rebondissement incroyable des affaires peut finir par fonctionner comme un empêchement de candidature pour le président sortant. Et après cela j’évoque le harcèlement dont je fais l’objet avec certains pseudos « reportages ».

Le hasard de ma journée de travail ne m’a pas permis d’être devant l’écran de télé avant l’alentour de 21 heures. Je n’ai donc vu que la fin du deuxième débat des primaires. Du coup j’ai commencé mon audition du sujet par la fin puisque j’ai bénéficié des commentaires d’après coup de messieurs Barbier et Jean-Marc Sylvestre. Leurs analyses rustiques m’ont aidé à y voir plus clair. L’un et l’autre ont distingué des « candidats de la raison » et ceux de « la déraison ». Les intelligents et les fous. C’est la resucée du « cercle de la raison » de monsieur Minc. Un clivage vu de droite dont je sais d’habitude de quel côté il place la gauche. Ma sympathie spontanée s’est donc immédiatement tournée vers ceux que Barbier et Sylvestre ont décrits comme coincés dans « l’incantation », « l’archaïsme » et ainsi de suite. Royal et Montebourg.

Le fait est que ces deux candidats ont parlé dru comme j’ai pu le vérifier en surfant ensuite sur internet pour en savoir davantage. D’une façon générale j’ai bien senti que le centre de gravité du débat était bien davantage sur la gauche que lors du premier passage. Pour nous, le Front de Gauche c’est excellent car cela désenclave notre univers de mots et de propositions. Il est important que ce genre d’émission et la parole des dirigeants socialistes fasse entendre une musique qui donne le goût de nos propres concerts. Du coup les poussées de Manuel Valls sur la TVA sociale, les reculades de Hollande sur les licenciements boursiers, la timidité sur le SMIC ressortent plus brutalement que s’ils avaient été dissous dans l’eau tiède d’un débat plus centriste. Chaque fois que l’ambiance donne du goût de gauche c’est bon pour nous.

En écoutant je guettais les réactions autour de moi, dans le restaurant de l’IBIS où je loge à Strasbourg. J’ai vu que les gens qui écoutaient n’avaient pas d’idée préconçue sur les personnages qu’ils découvraient. J’en déduis que les sondages vont se planter, une fois de plus. Cela recoupe ce que j’ai pu voir en bavardant ici ou là. Et notamment dans la manifestation des enseignants à Paris où je tenais le point fixe avec les autres animateurs du Front de Gauche. La vérité c’est que j’y ai passé l’essentiel de mon temps le nez dans les bouquins qu’on me demandait de dédicacer et notamment le programme « L’Humain d’abord ». Mais cela me donnait l’occasion de petits bavardages qui en disent plus long que certaines conversations. Je dois dire que nombre de nos électeurs déclarés m’ont dit qu’ils avaient pourtant l’intention d’aller voter aux primaires socialistes. A tous j’ai expliqué pourquoi moi je n’irai pas puisque je n’ai pas l’intention de voter pour le programme du PS ni pour son candidat. Personne ne me l’a reproché. On devine que j’ai cependant été pressé d’exprimer une préférence. Mais je ne l’ai pas fait, bien sûr. Nous ferons face avec le personnage que ce vote désignera. Dans cette manifestation c’est Montebourg sur lequel on m’interrogeait le plus. Les gens ne sont pas bêtes. Ils voient bien la proximité de son discours avec celui du Front de Gauche. Et comme la gauche du PS n’existe plus, il cristallise donc ce courant dans l’électorat des primaires. De même que Royal, j’en suis certain, a dû marquer des points avec ses propos contre les banques et les licenciements boursiers. Pourquoi devrais-je le taire ? Encore une fois, cela fait les affaires de nos idées. Et quand on m’a trop sollicité pour savoir ce que je comptais faire avec Montebourg, comme si c’était une question personnelle, j’ai répondu que j’en ferai volontiers mon premier ministre. Hollande ne peut pas en dire autant. J’espère que vous aimerez cet humour.

Ce matin 28 septembre, grand jour au parlement européen. Discours de monsieur de Barroso sur « l’état de l’union ». Sa proposition centrale est de créer une taxe sur les transactions financières. Certes, avant d’y venir, le discours enfile les tautologies bien pensantes. Non sans lucidité parfois, comme un aveu. « La situation est le plus grand défi de toute l’histoire de l’union. C’est aussi une crise de confiance à l’égard des dirigeants et de leur capacité à trouver des solutions ». A ce niveau de généralités, enrobé de compliments pour le parlement, le discours séduit la droite masochiste. L’analyse des causes de cette situation est assez générale aussi pour plaire largement. « Certains pays ont vécus au-dessus de leurs moyens », « l’Europe n’a pas su relever les défis compétitivité », « certains comportements financiers ont été irresponsables ». Et de « proposer un renouveau européen ». Pourquoi pas. Mais voilà la limite : « Avec nos institutions et non contre elles ». Le plus surprenant est alors le compliment que lui adresse Martin Schultz au nom du groupe socialiste. Il le qualifie de « réaliste et de combatif ». Il l’en « félicite ». Et ainsi de suite. Schultz sera bientôt élu à la présidence du parlement avec la droite. Il cotise donc au flot des poncifs et congratulations. Oublions. Voyons le reste du discours Barroso.

La parole du président de la Commission s’est faite un peu aigre douce. Et même un peu vindicative. Il rappelle qu’il existe un gouvernement économique et qu’il en est le chef. Double coup de gueule ! « L’Europe a besoin d’une autorité indépendante comme la Commission pour avancer et prendre les décisions courageuses ». « Les gouvernements ne peuvent pas le faire ». « La commission est le gouvernement économique de l’union, nous n’avons pas besoin d’autres choses. » A bon entendeur salut ! Le reste est connu. C’est un plaidoyer pour les mesures bricolées dans l’été et la fin de l’année écoulée avec le succès que l’on a pu constater. Sinon qu’on apprend de sa bouche que le Fonds Européen de Stabilité devra en effet « soutenir la recapitalisation des banques ». Il propose aussi de faire cet instrument un moyen d’achat de dette souveraines sur le marché secondaire pour « empêcher la contagion ». Mais de changer le rôle de la Banque centrale, pas un mot. Sinon pour l’enjoindre d’agir dans le cadre des traités. Donc de ne se pas se mêler du financement des Etats pour leurs dettes souveraines
Pour autant le discours, nonobstant les poncifs, développe une vision cohérente de l’avenir que les orateurs de la droite ont repris, chacun à leur manière, à sa suite. Il s’agit d’approfondir la « coordination de la zone euro » par l’imposition de règles communes s’imposant aux Etats « incapables de prendre les mesures chacun devant leur opinion ». Joseph Daulh, UMP, président du groupe de la droite va plus loin. Il souligne que les élections dans chaque pays vont être un obstacle supplémentaire aux bons choix ! Bref, la démocratie quel encombrement ! Pour Barroso le progrès c’est d’avoir imposé le semestre européen. « Donc nous pourrons discuter des décisions budgétaires avant application dans les différents pays. » La souveraineté populaire voilà le problème. Telle est la vision de l’achèvement de l’union comme il le décrit : « Achever les objectifs monétaires par des objectifs budgétaires communs. » Selon lui ce serait « une illusion de croire possible une union monétaire sans union économique et une coordination budgétaire ». Dit comme ça, pourquoi pas. Mais le fond de l’affaire est que le fil conducteur de cette coordination c’est la dérégulation, le recul de l’Etat et la concurrence libre et non faussée pour tous. Donc ce qui nous a plongé dans la crise et rendu impuissants à y répliquer. Parfois on se pince en entendant la psalmodie des recettes éculées que Barroso rabâche. « Développer la croissance grâce à l’application de la directive service. » « La réforme des systèmes des retraites est urgente ». Et enfin le plus grotesque : « Un quart de jeunes n’ont pas d’emplois en Europe. ! Je lance un appel aux entreprises pour proposer des stages aux jeunes ! Les fonds sociaux peuvent les aider. Mieux vaut un stage que rien ». Consternant !

Puis il évoque les « euros obligations » dont il se déclare partisan comme « instruments de stabilité ». Là-dessus il annonce des propositions à venir. Sans dire lesquelles. Mais, au détour, il note que certaines de ces propositions « seront conformes aux traité et d’autres non. » Alors ? « Il faudra donc faire des modifications des traités.» Ah bon ! Donc c’est possible ! N’est-ce pas ce que nous disons depuis des mois et des mois ? Et Barroso d’ajouter « qu’aujourd’hui règne la règle de l’Etat le plus lent. » « Souveraineté nationale disent-ils ! Mais les autres pays ont aussi une souveraineté nationale et ils ont le droit aussi d’aller plus vite. » Voilà ce qu’il faut noter pour mes répliques quand je dis que nous pouvons avancer avec ceux qui veulent vers l’harmonisation sociale et fiscale par le haut. En effet on me réplique chaque fois que j’ai une vision « brutale » ou que je veux faire « l’Europe française » ou que « les autres ne veulent pas ».

Vient la proposition phare de la matinée. « Ces trois dernières années, les Etats, je devrais dire les contribuables, ont donné 4,6 trillions d’euros de garanties financière. Il est temps pour le secteur financier d’assumer ses responsabilités ! ». 50 milliards de revenus sont attendus par lui de la taxe sur les transactions financières. Crise de bolchévisme ? Non ! « Questions d’équité ! » « Le secteur bancaire doit aussi apporter sa contribution. Allons-nous encore taxer le travail et la consommation ? » Voilà qui est très nouveau. Il y a trois mois de tels propos ne s’entendaient pas autrement que comme un amusant folklore gauchiste. A présent, c’est parole officielle. Pour autant, la confusion reste de mise entre décideurs européens du même camp. Voyons le détail du moment.

Le Fond Européen de Stabilité est décrété d’ores et déjà insuffisant par une partie de ceux qui l’ont créé. Ils auraient gagné du temps pour le savoir en lisant les textes de notre mouvance. A peine ce diagnostic est-il posé par les uns que les autres, dont le ministre des finances allemand, le qualifient de « stupide ». Tout en nuance. A cet aveu et cette prise de cheveu s’ajoute une série de projets spécialement calamiteux. Le premier serait de recapitaliser les banques avec ce fond, comme l’a proposé Barroso. Quelle trouvaille ! Les états vont emprunter aux banques pour prêter aux banques ! C’est fort ça ! Deuxième absurdité. Le Fond va acheter sur le marché secondaire des titres de dettes publiques. A qui ? Aux banques qui s’en sont gorgées ! De l’argent frais contre du papier pourri ! Génial. Mais prêter directement aux Etats ? Jamais ! Rien n’arrêtera donc le désastre en cours. Avant la catastrophe des petits malins vont gagner beaucoup d’argent. Ça leur donnera l’illusion que la fête n’aura pas de fin ! Vieille illusion. Puisque Barroso vient de proposer la création d’une taxe sur les transactions financières, je veux faire une part spéciale à mes souvenirs personnels à propos de cette taxe. Surtout à l’heure où le Sénat français change de majorité.

Car il se trouve que j’ai présenté le premier texte au Sénat en faveur d'une taxation sur les transactions financières, le 1er décembre 1999. Quelques jours auparavant j’avais participé avec dix-sept sénateurs à la création d’un groupe Attac du Sénat. Notre texte se présentait sous la forme d’un amendement au projet de loi de finances pour 2000. Je siégeais alors au groupe socialiste. J’y fus peu suivi. Mais le recrutement des signataires s’étendit à tout le groupe communiste. Nous étions pour finir quarante-six sénateurs à cosigner. Notre texte proposait de taxer toutes les transactions à hauteur de 0,05%. Des amendements similaires avaient été déposés à l'Assemblée Nationale en 1998 et 1999 par les députés communistes et les députés de la Gauche socialiste Yann Galut et Julien Dray.

Au Sénat, le gouvernement Jospin, représenté par le secrétaire d'Etat Christian Pierret, avait demandé le retrait de l'amendement. J’avais refusé d’obtempérer. L'amendement avait donc été maintenu mais rejeté. 53 sénateurs ont voté pour sur 260 exprimés. 207 ont voté contre. Dont un maximum de socialistes en plus de toute la droite. A l'annonce du résultat, la sénatrice communiste Hélène Luc s'est exclamé : "Dommage ! Ça viendra un jour ! ". Je tiens à signaler que Jean-Pierre Bel, sans doute très bientôt président du Sénat, figurait dans les premiers signataires. Le texte des débats est disponible sur les sites internet du Sénat et d’Attac.

En relisant le texte de mon intervention en séance publique je mesure quel gâchis a été le temps perdu sur ce sujet. Tout ce qui est dit alors pourrait être répété mot pour mot. C’est bien notre diagnostic à l’époque qui était le bon ! Douze ans de perdus ! Je rappelle ce moment pour le seul bonheur de montrer qu’aucun combat juste n’est mené en vain quand bien même il commence sans grands renforts. Non seulement l’écrasante majorité de membres du groupe socialiste me tourna le dos mais je fus comme aujourd’hui accablé de sarcasmes. L’idée serait « ridicule », « inapplicable », bien sûr, dans un monde ouvert et Bla Bla Bla ! Pire : le rapporteur de la majorité de droite déclara que ma proposition faisait honte à l’intérêt des travaux d’une assemblée aussi sérieuse que le Sénat. Rien de moins. Je rappelle cet épisode pour le bonheur de moucher toutes ces belles personnes douze ans après de nouveau en les confrontant au bilan des faits !

L’idée avança dans les assemblées en dépit des blocages. En particulier contre celui qu’opérait Dominique Strauss-Kahn. Bernard Cassen, alors président d'ATTAC et directeur du « Monde Diplomatique », raconte que "dans un document accompagnant le projet de loi de finances 1999, le ministre avait fait tenir aux députés une longue charge, complètement hors sujet, contre la taxe Tobin. Avec ce résultat paradoxal que trois amendements à ce projet de loi, réclamant précisément l’instauration de ladite taxe, avaient ensuite été déposés par des membres de sa majorité parlementaire ! Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1998, M. Strauss-Kahn, arraché à son sommeil par l’un de ses conseillers, avait dû revenir en catastrophe dans l’hémicycle pour empêcher qu’ils soient adoptés…"

Obstruction dont il ne démordit jamais. A la suite du G20 de Pittsburgh, un échec total déjà, en octobre 2009, il qualifie l'idée de taxation des transactions financières de : "tout à fait simpliste" et "très difficile à mettre en œuvre". Puis en novembre 2009, il revient à la charge pour disqualifier la taxe : « l’industrie financière a fait de telles innovations qu’il est probablement impossible de trouver une taxation sur les transactions qui ne serait pas contournée par les potentiels contributeurs ». Il en rajoute : « Nous ne voulons pas d’une solution extrêmement simpliste qui ne serait pas effective ». Mais, nous non plus, nous n’avons rien lâché. Et pour finir en 2001 et la loi de finances pour 2002 nous obtenions un vote favorable de l’Assemblée Nationale. Il donna lieu à l'article 235 ter ZD du code général des impôts qui prévoit une telle taxe et fixe un taux maximum de 0,1%. Jamais appliqué cependant puisqu’il est précisé que cela ne se mettra en œuvre que si tous les autres pays européens en font de même. Notre victoire était peut-être symbolique mais elle a préparé le terrain. Le 14 juin 2011, l'Assemblée a adopté à la quasi unanimité dont le Front de Gauche, une résolution proposée par le PS demandant à la Commission la mise en place d’une taxe de 0,05% sur les transactions financières dans l’UE, « ou à défaut d’abord au niveau de la zone euro ou d’un groupe de plusieurs États membres de l’UE ». C’est la solution que le sieur Barroso vient de découvrir. Pris dans les méandres de l'Union européenne, le projet de taxation présenté aujourd'hui ne pourra être appliqué au mieux qu’en 2014. Quinze ans de perdus depuis notre proposition devant le Sénat en 1999. Et maintenant que les voilà contraints de faire amende honorable, quelle timidité ! Je déplore en effet que la proposition Barroso envisage une taxation réduite pour les produits dérivés. Ce sont pourtant les transactions les plus massives et les plus nocives pour l'économie. Pour autant on peut se frotter les mains.

Car la proposition Barroso apporte un cinglant démenti à tous les beaux esprits qui ont expliqué pendant 15 ans combien cette taxe serait « dangereuse », « irréaliste », « inapplicable » et ainsi de suite. Ce n’est pas tout. Elle démontre aussi qu'il est possible, comme nous l’affirmons, de désobéir au Traité de Lisbonne qui interdit les limitations à la libre circulation des mouvements de capitaux ! Enfin cette proposition prouve aussi qu'il est possible d'appliquer cette taxe à un groupe de pays sans attendre que tous les autres l’aient décidé. En effet Barroso envisage la mise ne œuvre de sa proposition dans le cadre d’un projet de coopération renforcée. Nous lui laissons la joie de découvrir ce que le traité prévoit en la matière si l’interdiction tout à fait explicite qu’il contient concernant les mesures d’harmonisation fiscale parvient à être contournée.

Dans ces conditions, et sans attendre une éventuelle décision européenne en 2014, je crois possible l'application immédiate en France d'une taxation des transactions financières, comme nous y autorise déjà l'article du code des impôts, voté par la gauche en 2001. Et je peux dire que si en 2012, le Front de Gauche arrive au pouvoir, il pourra décider immédiatement d'appliquer une telle taxe de manière uniforme sur tous les types de transactions sans butter sur l’interdit européen. Et du coup d’autres propositions d’harmonisation fiscale seront aussi possibles. Il faut donc ouvrir la brèche dès à présent.

Pour la droite, la défaite aux élections sénatoriales ne peut être autre chose que celle de Nicolas Sarkozy. Elle s’ajoute à tout ce qui est déjà mis à son passif. De la sorte un seuil est franchi et qui croirait à une péripétie se tromperait, me semble-t-il. La spirale dépressive semble enclenchée. Je pense qu’il faut voir le nouveau tableau dans son ensemble. Et donc rapprocher ce tremblement de terre institutionnel avec le démarrage de l’affaire des inculpations dans l’affaire de Karachi. Sans oublier le retour de la comptable de l’affaire Bettencourt et de ses déclarations concernant l’usage de ses enveloppes. Il y a toujours un crochet de boucherie disponible à droite pour l’un ou pour l’autre. Car dans ce contexte à droite, ceux qui souhaitent empêcher Nicolas Sarkozy de se représenter ont de solides matériaux pour faire leur travail. Tout poussera dans ce sens. Ce que Nicolas Sarkozy avait tricoté avec sa victoire de 2007 part en lambeaux. L’unité contrainte ou forcée de son camp politique est minée par le retour de la bataille des coups tordus et les espérances que Karachi et Bettencourt donne aux vieilles haines. La suprématie idéologique dans la société qu’il voulait incarner est torpillée par la crise et l’échec de toutes ses méthodes et promesses. Depuis, ce qui se fait et décide indispose tout le monde à la fois. Un paradoxe qui fait se joindre midi et minuit dans un rejet unanime. En atteste la conjonction baroque du public et du privé dans la journée d’action enseignante. Le temps dont dispose le président pour reprendre la main est moins long que ce que l’on peut deviner de sa pensée sur le sujet en lisant les indiscrétions de presse. La fin du quinquennat pourrait aussi bien tourner à la crise de régime si se combinait l’impuissance institutionnelle, le scandale, et enfin la paralysie à faire face à une nouvelle crise bancaire. Sans oublier les risques liés à l’Etat de délabrement de l’Union européenne. La fin de ce quinquennat ressemble à une fin d’un monde.

Un mot, contraint et forcé par la campagne de harcèlement dont je fais l’objet à propos d’un micro incident à la Fête de l’Humanité. Comme d’habitude en de telle circonstance, un habile montage bien rabâché me contraint à des heures perdues à expliquer et démentir auprès de l’habituel lot de crédules ou d’inquiets qui viennent se faire rassurer en aggravant la propagation des fausses nouvelles. Sans oublier ceux qui protestent parce que je perds mon temps à répondre à ce qu’ils considèrent comme des vétilles. Gâchis de temps et d’énergie car encore une fois il s’agit juste d’une mise en scène, rien de plus. Je fais descendre de la tribune où elle n’avait rien à faire une personne qui y était montée en dépit des consignes et dans l’incroyable tension qui régnait sur place à l’occasion de la visite de Martine Aubry sur le stand du Front de Gauche. J’observe avec effarement le mécanisme de cette nouvelle production de « l’information-spectacle ». D’abord un court extrait de quelques secondes, hors contexte, tiré de mes trois jours de présence à la Fête de l’Huma. Il est présenté huit jours après les faits, sans possibilité de répondre, par des gens qui n’en ont pas parlé autrement que pour s’en moquer. Puis, la question étant sans doute d’importance décisive, l’AFP en fait une dépêche. Ce n’est déjà pas banal. Le journaliste qui se trouve là, n’a sans doute rien à faire et il prend donc le temps de décrypter tous les échanges de la scène. A moins qu'on lui ait procuré le texte avant, ce que je lui souhaite car le son n’était pas très bon. Ce qui est encore moins banal c’est que cinq « mises à jour » seront diffusées dans l’après-midi ! Cela veut dire que cette information a été rediffusée à cinq reprises à tous les abonnés de l’agence. Cela s’appelle « faire monter la mayonnaise ». Aussitôt des sites internet embrayent. Pas tant que ça, quand même ! Et le lundi certains organes de presse papier reprennent. Pas tous, loin de là, car il existe des journaux, dans le pays, qui n’avalent pas tout rond les potages qu’on leur sert à la chaîne. Une mention spéciale pour le journal « Le Progrès » dont j’ai été l’humble pigiste il y a bien des années. Il affirme que j’ai expulsé « manu militari » l’impétrant. D’une main militaire ! Rien que ça ! Puis arrive l’inépuisable Jean-Michel Aphatie dans le wagon de tête des lyncheurs. A croire que cette histoire est taillée sur mesure pour lui. En effet pour une raison très ancienne, cet homme n’en finit plus de régler un compte avec moi. Déjà deux papiers sur son blog consacré à un but de pur dénigrement personnel. Voici sa thèse : certains pourraient croire que ma violence verbale était réservée aux journalistes, mais non elle l’est à l’égard de tout le monde. Je suis donc un violent. Dans une campagne électorale, et je suis en campagne depuis trois ans, c’est un parti pris militant contre moi. Est-ce une relation normale entre un journaliste et un homme politique que cet acharnement personnel ? Je ne le crois pas. Mais il se donne l’apparence d’un point de vue personnel sans implication politique. Je préfère répondre par l’humour. Je lui propose d’autres sujets de « reportages » qui feront la démonstration de mon incroyable violence verbale: quand je plante un clou et que je me tape sur le doigt, quand mon ordinateur me plante un texte mijoté pendant des heures. Ah oui, il y a aussi le moment où ma stupide machine à café me sert un breuvage tellement brûlant que la tasse me tombe des mains. Et quand la lumière de la cave s’éteint alors que je suis en train de ranger d’ineptes cartons mous et mal scotchés. Et ainsi de suite. Avec moi, Aphatie n’a pas fini de faire des « mises à jour » de sa brillante démonstration. En effet, je suis un être humain.

Au cas de ce jour-là, voici la situation. Martine Aubry est en train de sortir du stand du Front de Gauche. Dehors des gens crient contre elle. Nous sommes tous très mal à l’aise car notre intention politique en l’invitant n’était pas qu’elle soit mal traitée. Certains d’entre nous sont sous le choc. Car auparavant la bousculade des photographes et des caméramen avait atteint des sommets. Pour ma part aussi je n’avais jamais vécu ça. Des gens se piétinent et avancent en masse confuse de coups de coude et de caméras. Le service d’ordre, militant et bénévole, qui assure ma sûreté est enfoncé, la tribune est envahie par les professionnels, des gens se frappent et se bousculent, quantités de perches nous sont placées sous le nez. Impossible de parler tellement dans les cris et les vociférations. Tout cela, les médiacrâtes bronzés et parfumés, qui ne gagnent pas leur pain dans cette bousculade et qui n’ont pas été sur le moindre terrain depuis des années ne s’y intéressent pas. Comment a-t-on pu en arriver là ? Ces malheureux gagnent leur vie de cette façon ! Là, leur façon de suivre l’événement rend l’événement impossible ! Ce paradoxe me semble spectaculaire.

Voyons aussi du côté des personnages que vise cette activité. Nous. Martine Aubry est très affectée, François Lamy saute après les perches à micros comme après des mouches. Martine, elle-même, arrache un bonnet de micro. La ligne de camarades qui se trouve derrière moi recule vers le mur et tâche de faire bonne figure. Tout ce que nous avions prévu de faire tombe à l’eau. Impossible de contenir la situation. On décide d’en rester là. Martine repart. Nous avons la rage de voir ce gâchis humain et politique. Nous sommes restés de sang-froid pendant toute la scène. Survient dans mon dos quelqu’un qui veut prendre la parole. Qui est-ce ? Pas de badge, pas d’insigne que je discerne. Ami ou ennemi ? Je ne comprends pas ce qu’il dit. Va-t-il prendre la parole ? Pour dire quoi ? Compte-t-il s’en prendre à moi ? Dire du mal de la visite de Martine Aubry ? Je ne sais pas. Le service d’ordre hésite. J’assume ma responsabilité. Je donne une consigne.

J’ai bien dit une consigne. Un militant politique peut le comprendre dans ce contexte si tendu, c’est pourquoi j’ai évoqué cette qualité à ce moment à la personne qui se trouvait là. Je ne veux pas d’une prise de parole sauvage qui sera ensuite le plat qu’est venu chercher, à la commande, la caméra qui va filmer cette scène. Voilà. Ceux qui préféreraient que j’aie parlé autrement ne tiennent pas compte de l’ambiance qui régnait ni de la nécessité qu’une volonté impérieuse s’affirme pour que la situation soit de nouveau maîtrisée. Je suis naturellement désolé du style pour la personne concernée. Ceux qui ont dominé une telle situation sans hausser le ton ont toute mon admiration. Que quelques bonnes âmes n’aiment pas ce style montre à quel point ils n’ont plus aucun contact avec la réalité. L’appel à la discipline militante fait jaser. Le mot fait peur ? Pourquoi ? Ma propre vie est faite d’une discipline constante. Permanente. Du matin au soir. Notamment pendant cette Fête de l’Humanité. Mon emploi du temps, mes discours, mes textes, mes allées et venues, tout est décidé collectivement, planifié et soumis à cette discipline, heure par heure. J’y obéis de mon plein gré parce que je suis un militant et un responsable politique qui ne veut pas gâcher la peine que se donnent les dizaines de personnes que l’action engage. Deux provocateurs armés d’une caméra et un chroniqueur mal dans sa peau n’y changeront rien.

La suite m’est connue. D’un passage en boucle à l’autre la scène est raccourcie, de plus en plus hors contexte. Et puis un jour, comme avec le sketch du « petit journaliste », longtemps après, on découvre que quelqu’un avait filmé davantage, sous un autre angle et plus longuement. Et alors la manipulation éclate au grand jour. Mais c’est trop tard. Le mal est fait. Dans mon cas il s’agit d’un véritable harcèlement. Certains s’y livrent faute de sujet du jour, d’aucun par ce que cela les amuse, d’autres enfin parce qu’ils ont des comptes à régler, personnels ou politiques. Dans tous les cas ceux qui me demandent des marques de respect pour les autres ne m’en accordent guère ni comme personne ni comme homme politique.

Ici l’hypocrisie du beau monde est extrême. Tous les trois semaines, entre deux billets insultants sur son blog, Jean-Michel Aphatie, tout miel tout sucre et dans un tutoiement de connivence appelle mon secrétariat pour me proposer de venir à son émission du matin. Il me fait aussi passer des messages par des connaissances communes. Il suggère dans son blog que je le boycotte. Mon emploi du temps n’a pas rendu possible pour moi de répondre à ce qui s’apparente davantage à une convocation qu’à une invitation. Ses harcèlements actuels participent d’une vindicte obsessionnelle qui ne me flatte d’aucune façon et même paraît très inquiétante. Jean-Michel Aphatie, changez de disque, allez détester ailleurs !

lundi 20 décembre 2010

temps perdu

Un article de Slate.fr et ma réponse.

D'abord, l'ARTICLE :

La seule chose vraiment certaine en ce qui concerne la prochaine élection présidentielle, c'est qu'elle sera sacrément rock'n'roll. Entre les primaires socialistes, dont on pressent qu'elles ne freineront guère les ardeurs d'éventuels recalés, et la compète proprement-dite, à laquelle une bonne vingtaine de «wannabes» prévoit déjà de participer, les choses n'ont jamais été aussi ouvertes…

Moins certaine que le bordel sus-évoqué, mais assez probable toutefois, la présence de Marine Le Pen au second tour doit donc être envisagée.

Bien entendu, opposée à n'importe quel membre du PS, à Sarkozy, à Bayrou, voire à Villepin ou à Borloo (nous somme dans la pure spéculation, souvenez-vous) en deuxième mi-temps, la parachutée d'Hénin-Beaumont serait logiquement écrabouillée par la foule des démocrates de ce pays. Mais, si tout est si ouvert et qu'un médiocre 12/15% suffit à vous placer en orbite, que se passerait-il en cas de finale Le Pen-Mélenchon ?

Bon, à priori, et puisque Mélenchon est un homme d'extrême gauche et que l'extrême gauche est ontologiquement plus gentille que l'extrême droite (les crimes du communisme ne sont que des erreurs quand les crimes du fascisme en sont le but, n'est-ce pas?), les démocrates sincères devraient, même en faisant la grimace, se reporter sur l'ex-sénateur socialiste.

Hey, nous étions bien allés voter pour Chirac en 2002… Si c'est pour faire la fine bouche avec Méluche en 2012, c'était bien la peine…

Sauf que, sauf que… glisser un bulletin Chirac dans l'urne alors qu'on avait voté Jospin avec enthousiasme au premier tour, c'était rester en terrain connu. Chirac, on ne l'aimait pas, certes, mais il ne proposait pas de transformer la France en Cuba septentrional. Il ne se félicitait pas non plus de ce que les Chinois soient capables de remettre les Tibétains sur le droit chemin et ne passait pas son temps à recenser les têtes à faire tomber!

Non, on ne l'aimait pas mais c'était le «devil you know» (le diable que l'on connait), comme on dit chez nous les Gallo-américains ― qui sont aux Gallo-romains ce que le World Wide Web est aux Voies romaines.

Le Parti de gauche de Mélenchon ― ou le Front de gauche si l'énergique tribun réussit son OPA hostile sur le Parti communiste ―, c'est tout de même une autre paire de manches. Et à l'exception d'une valeur cardinale (l'antiracisme), j'ai personnellement du mal à saisir si j'ai davantage en commun avec cet OPNI au populisme assumé qu'avec le ramassis hétéroclite d'extrémistes de droite authentiques et de prolos déboussolés qu'est le FN.

Tiens, prenons l'Europe par exemple, dont je suis un chaud partisan ― totalement et irrévocablement dévoué à la cause du fédéralisme. Eh bien si Marine Le Pen propose de sortir de l'Union, de rétablir le franc et de mettre en place des barrières physiques aux frontières françaises pour empêcher les seaux en plastiques chinois et les basanés africains de nous envahir, en quoi Jean-Luc Mélenchon s'en distingue-t-il?

D'accord, il ne veut pas exactement abandonner l'euro: il se contenterait juste de dévaluer cette monnaie de «banquiers et d'usuriers», ce qui reviendrait à peu près au même puisqu'il faudrait faire ça sans les Allemands. Remarquez, la bataille de chiffonniers avec les Italiens et les Espagnols qui s'ensuivrait («Achetez mes trucs en francs, ils sont moins chers que leurs bidules en pesetas ou en lires!») animerait pas mal le débat...

Il ne veut pas non plus quitter l'Union, juste «sortir du Traité de Lisbonne», ce qu'il faudrait faire sans les copains et poserait également de sacrés problèmes d'organisation. Enfin, s'il ne dit rien des basanés aux frontières, il n'a aucun doute sur leur seaux en plastiques: le protectionnisme, c'est définitivement le «isme» qui monte chez les ex-internationalistes.

Sur un autre front, si j'ose dire, le FN est pour une retraite à 40 annuités sans âge de départ spécifique, quand Mélenchon est plutôt pour le retour aux soixante ans sans nombre d'annuités spécifique. Est-ce si différent? Pas vraiment. Du moins du point de vue d'un Sarkozy ou d'un DSK, qui pensent qu'il faut cotiser plus longtemps puisque l'on vit plus longtemps.

Mais si j’ai cherché à comparer, point par point, le reste des programmes socio-économiques des uns et des autres, avouons qu'il est plus facile de se rencarder chez les lepénistes que chez les mélenchonnistes. A main droite, on annonce la couleur, tout est décrit en détail et la France bleu-Marine ressemblerait effectivement à un mix d'étatisme, de corporatisme, de racisme, d'autoritarisme, de provincialisme intellectuel, d'archaïsme sociétal et économique, d'antilibéralisme, d'anti-américanisme, de bêtise crasse... A main gauche ― que le flou qui entoure la relation du boss avec le PC empêche d'aller au-delà des banalités génériques du progressisme orthodoxe ― on flaire peu ou prou la même chose, la xénophobie en moins, on l'a vu, mais le collectivisme en plus.

Un sondage express, absolument a-scientifique et représentatif de pas grand chose, m'enseigne pourtant qu'autour de moi, on irait malgré tout mettre un bulletin Mélenchon dans la boîte en cas de catastrophe. Ce qui est assez ironique puisque ce dernier s'abstiendrait lui-même de voter pour DSK, qui ne vaut pas mieux que l'UMP, laquelle est plus à droite que Marine Le Pen!

Pour moi, il s'agirait d'un fameux dilemme. Ne pas voter? Je n'ai jamais loupé le moindre scrutin et je me suis toujours moqué des abstentionnistes. Voter blanc? Je n'ai jamais compris ce qu'exprimait le fait de ne rien exprimer. Voter Le Pen? Tss, je ne réponds même pas à ce genre de provocations… Voter Mélenchon? Arghh… Non, vraiment, pas possible. Ou alors juste avant de m'expatrier, charge à ceux qui restent de se démerder avec la nouvelle donne et de nous faire passer des nouvelles du pays par pigeon voyageur si le Web français met la clé sous la porte Cuban style…

Oui, vraiment, elle risque d'être sacrément rock’n’roll, cette présidentielle 2012.

Hugues Serraf

ma REPONSE

Qu’un démocrate de droite comme l’auteur de ce texte hésite entre Mélenchon et Le Pen, je comprends.
Mais il y a quelques jugements assez idiots dans ce texte.

« Mélenchon homme d’extrême gauche »
Peu m’importent les étiquettes mais je voulais juste rappeler que le programme du front de gauche qui se dessine n’est pas tellement plus à gauche que celui avec lequel François Mitterrand s’est fait élire la première fois.

« L’extrême gauche ontologiquement plus gentille que l’extrême droite. » « Cuba septentrional »
La phrase sur l’ontologie ne me parait pas débile mais elle sous entend que l’extrême gauche actuelle (puisqu’il choisit de nommer ainsi le Front de Gauche) serait de la même veine que les partis uniques des pays communistes passés et présents. Ce qui est entièrement faux. Le FG espère prendre le pouvoir par les urnes et le rendre quand on perdra les élections. Pas de parti unique dans le programme. Si on veut comparer le FG à un épouvantail, on peut le comparer à Chavez pour le côté démocrate de gauche qui n’a pas peur de se mettre le monde à dos.

Sur l’Europe. La stratégie du FG, ce serait dans un premier temps de rétablir un rapport de force avec l’Europe libérale. Et après, on verra ce qui résultera du rapport de force. Sortir de l’Europe ou sortir de l’euro, ce n’est pas la question, la question c’est de faire en sorte que l’Europe cesse d’être un vecteur adémocratique de l’ultralibéralisme. C’est pourquoi, il faut revenir sur les traités qui interdisent des mesures de contrôle des mouvements de capitaux, le maintien de services publics hors d’atteinte du secteur privé etc. Le FG croit que la France a les moyens de peser sur ces décisions si la population française y est déterminée. La stratégie est donc de demander par référendum aux Français si par exemple ils sont pour un service public de l’énergie, et si oui, de faire jouer la clause de l’ « opt out » au niveau européen qui permet par exemple aux anglais de ne pas respecter les normes sociales sur le temps de travail en Europe (dans notre cas, ce serait pour permettre à la France d’avoir un secteur de l’énergie entièrement sous le contrôle de l’état). On peut penser que c’est une stratégie vouée à l’échec mais pour ma part, je pense qu’il faut tenter quelque chose plutôt que d’accepter l’idéologie de la concurrence libre et non faussée contenue dans le traité de Lisbonne. D’autre part, il ne faut pas sous estimer le poids économique et politique de la France qui peut peser d’une autre manière que ce qu’elle fait dans les négociations.

Sur le protectionnisme (l’histoire des « seaux en plastique »). Il y a une différence fondamentale entre celui prôné par le FN et celui prôné par le FG. L’un se ferait sur des critères purement nationaux, l’autre se ferait sur des normes sociales et environnementales. Est-ce mauvais pour les pays étrangers ? À mon avis, plutôt moins que de se lancer dans la concurrence avec eux en abaissant nos propres normes. Car dans ce dernier cas (à la différence du premier) il n’y a aucune incitation pour les entreprises en Chine, par exemple, à améliorer le sort de leurs ouvriers ou à faire attention à l’avenir de la planète (dans ce cas en tous cas, il n’y en a pas en plus du simple bon sens).

Sur les retraites. Le FG est pour une retraite à 60 avec 37,5 annuités de cotisation. Par contre, si on veut faire des amalgames bidon, on peut relever que les 40 ans et l’âge non spécifié, c’est le programme du PS. De plus, quand on lit le programme du FN, on y trouve des perles comme : « le développement de régimes de retraite complémentaire par capitalisation », « encouragement de la famille et de la natalité » (i.e. renvoyer les femmes à la cuisine).

Sur le flou du programme du FG et l’aspect similaire à celui du FN. Effectivement, il sera moins flou quand le PG, la GU et le PCF se seront mis d’accord. En attendant, on peut se rapporter au programme du PG : http://programme.lepartidegauche.fr/ qui est aussi détaillé que celui du FN. Et quand on compare les deux, on trouve de fortes différences sur la taxation (le FN baisse les impôts des riches en prétendant que ça va rapporter un max à la nation), sur les services publics (le FN n’arrête pas de vouloir diminuer le nombre de fonctionnaires et de vouloir les déposséder de leur « privilèges »), sur le contrôle des banques (le FN n’en parle pas mais on sent quand il clame qu’il est pour « libérer l’entreprise » que cela va être bon pour les multinationales et la finance), sur l’écologie, les transports (le FN est fan des bagnoles) et je n’ai pas encore tout lu.

« Mélenchon s’abstiendrait de voter DSK ». Ce n’est pas sûr. Ce qu’il dit pour l’instant c’est qu’il répondra à la question quand les socialistes auront dit s’ils voteraient pour lui. Et pourquoi refuse-t-il de répondre à ces questions ? Parce que c’est une façon de l’enfermer dans un rôle de second plan et de permettre à nouveau l’histoire du vote utile de pourrir la démocratie.

Si ça vous plaît pas, qu'on comprend rien, que c'est qu'un ramassis de banalités, dites le ! Commentez ! J'adore le débat qui fait progresser les idées.